Fait pour la mesure
Relevé automatique des compteurs : les fournisseurs d'électricité des pays membres du GCC (Conseil de coopération du Golfe) vont pouvoir effectuer un suivi de la consommation
Face au rythme auquel se développent actuellement les projets immobiliers au Moyen-Orient, les distributeurs d'électricité se voient contraints de trouver une façon rentable de surveiller la consommation.
Les compteurs mécaniques traditionnels posent toute une série de problèmes. Leur lecture ne peut se faire que sur une base périodique et avec le consentement du propriétaire des lieux. Si un locataire ou une entreprise s'oppose à ce que l'opérateur pénètre sur les lieux pour procéder au relevé, il est impossible pour le fournisseur de connaître la consommation.
« De nos jours, les villes se construisent en hauteur », déclare Ali Mouslmani, directeur régional d'Elster Electricity, fabricant de systèmes de comptage. « Un immeuble compte en moyenne une trentaine d'étages, avec 5 compteurs par étage. Cela fait donc un total de 150 compteurs pour un seul immeuble. Si l'on multiplie ce chiffre par le nombre d'immeubles en construction dans la région, imaginez le nombre de compteurs que cela représente ».
Cela va devenir de plus en plus contraignant et long pour un releveur de passer en revue chaque étage d'un immeuble de 30 étages.
Par ailleurs, en qualité de directeur général de DMC International, Mamoun Shahin fait remarquer que les compteurs mécaniques sont susceptibles d'être trafiqués, qu'ils perdent 5 à 8 % de leur précision au bout de dix ans et qu'ils ne permettent pas une gestion efficace de la charge, grâce à laquelle les fournisseurs d'électricité peuvent encourager les usagers à réduire ou à augmenter leur consommation en fonction des périodes de pointe et hors pointe.
« Les services publics d'électricité cherchent à établir un suivi précis de la consommation et du profil des clients, de manière efficace et souple », précise M. Shahin.
Télérelevés
Heureusement, grâce aux systèmes de relevé automatique des compteurs, les choses vont devenir plus simples pour les fournisseurs d'électricité. Ces systèmes permettent en effet le relevé à distance de tous les compteurs, par le biais de méthodes différentes, et la transmission des données vers une base centrale à des fins de facturation. Cela se traduit par une amélioration considérable de la précision et permet de facturer le client sur la base de sa consommation réelle plutôt que d'après une estimation.
Les compteurs électroniques remplacent désormais les compteurs mécaniques et sont équipés d'un module de communication. Les relevés de chaque compteur peuvent être réalisés au moyen d'un terminal portatif muni d'une antenne. Il suffit à l'opérateur de se déplacer, à pied ou en voiture, dans le secteur, le dispositif se chargeant de collecter les informations sur la fréquence radio, chaque compteur portant un identifiant qui lui est propre.
Une fois tous les relevés effectués, l'opérateur peut relier le terminal à un ordinateur central pour y télécharger les informations.
Les compteurs peuvent également être reliés entre eux en réseau, avec ou sans fil. Dans ce réseau maillé, les compteurs sont reliés de manière interne et agissent comme des répéteurs, assurant l'acheminement des données jusqu'à l'ordinateur central. L'ordinateur central peut être relié aux compteurs s’il se situe dans le même bâtiment.
Si ce n'est pas le cas, un concentrateur est utilisé pour collecter les données qui sont ensuite transmises à l'ordinateur central via un réseau à fibres optiques ou via un réseau GSM ou GPRS. Dans ce cas, la distance est sans importance. Le fournisseur d'électricité peut exercer un contrôle absolu sur ses compteurs via GSM sans que personne n'ait à se déplacer pour collecter l'information, ce qui, du point de vue de M Shahin, constitue une réelle économie.
Dans le cas des compteurs électriques, les données peuvent être transmises à un ordinateur en passant par les lignes électriques. Ce système est connu sous le nom de CPL (Courants Porteurs en Ligne). Les compteurs sont reliés aux lignes de distribution du courant électrique à l'intérieur d'un immeuble et peuvent être lus au moyen d'un RMU (module de relevé à distance) qui transmet les informations sur les lignes basse tension vers une passerelle, un PC industriel, dans une sous-station moyenne à basse tension.
« Cela signifie tout simplement que les câbles électriques normaux sont utilisés pour transférer les données, sans infrastructure ni coût supplémentaires », explique M. Shahin.
« Les compteurs transmettent les données à un concentrateur situé au niveau de la sous-station de transformation. Il est ensuite possible d'utiliser les lignes téléphoniques, le réseau téléphonique public commuté, un système GSM ou un moyen de communication sans fil pour envoyer les données du concentrateur vers le poste de contrôle. »
Caisse enregistreuse
Le télérelevé des compteurs va au-delà d’un simple souci de commodité. « En réalité, le compteur joue un peu un rôle de caisse enregistreuse », précise M. Mouslmani.
La rapidité du processus constitue un avantage certain pour les fournisseurs d'électricité : plus vite ils obtiennent les relevés et toutes les informations utiles, plus vite ils peuvent procéder à la facturation et encaisser les paiements.
|
“Les prix de l'énergie sont en augmentation, même dans cette région. Aussi, les distributeurs doivent-ils s'assurer de rentrer dans leurs fonds. Grâce au relevé automatique des compteurs, le distributeur a la garantie d'être payé pour l'énergie consommée.” Hans Peter Kyk |
Hans Peter Kyk, directeur général de Kamstrup au Moyen-Orient, est également d'avis que les distributeurs d'électricité doivent agir.
« Par le passé, même l'électricité était incluse dans le loyer. Le locataire n'avait donc pas besoin de se préoccuper de sa consommation, » explique Hans Peter Kyk.
« Aujourd'hui, les choses ont complètement changé. Les prix de l'énergie sont en augmentation, même dans cette région. Aussi, les distributeurs doivent-ils s'assurer de rentrer dans leurs fonds. Grâce au relevé automatique des compteurs, le distributeur a la garantie d'être payé pour l'énergie consommée. »
Kamstrup, qui s'est établie à Dubaï l'an passé, joue un rôle actif sur le marché du refroidissement urbain, ayant une expérience similaire en Scandinavie dans le domaine du chauffage urbain.
« Nous mesurons le débit, à savoir la quantité d'eau qui entre dans le bâtiment, et également la température de l'eau en entrée et en sortie du bâtiment », explique M. Kyk. « La quantité d'eau qui entre dans le bâtiment et la différence de température nous indiquent la quantité d'énergie consommée ».
Les distributeurs d'énergie peuvent également réduire ce que M. Mouslmani désigne sous le terme de « pertes non techniques », à savoir les pertes causées par les impayés. Un système AMR unidirectionnel ne permet que le relevé. Avec un système bidirectionnel, il est possible de surveiller et contrôler chaque dispositif de distribution sur le terrain.
« Nombre de pays du Moyen-Orient se trouvent confrontés aux problèmes des créances irrécouvrables et de perception des paiements », déclare M. Shahin. « Notre système AMR permet de résoudre ces problèmes grâce à sa fonction de coupure automatique à distance pour les clients présentant un important arriéré. Il permet également aux distributeurs de déceler les fuites ou les fraudes et donc de réduire les pertes potentielles de revenus ».
Avec les compteurs mécaniques, ce processus est normalement beaucoup plus coûteux puisqu'il est nécessaire d'envoyer du personnel sur place pour couper ou rétablir l'alimentation manuellement. D'après M. Mouslmani, les pertes non techniques dues aux impayés auraient chuté de 30 à 40 % suite à la mise en place de systèmes bidirectionnels.
Les pertes dues aux fraudes seront également de l'histoire ancienne. Les compteurs électroniques ne peuvent pas être ralentis et toute tentative de coupure des fils déclenche une alarme. En outre, cela permet d'éliminer les risques d'erreur humaine lors du relevé des compteurs.
Considérant l'ensemble des avantages que cela représente, M. Shahin estime que « l'économie minimum réalisée et le revenu supplémentaire généré grâce à la mise en place d'un système AMR correspondraient à 17,6 % du chiffre d'affaires brut ».
Données historiques
Outre les fonctions de relevé et de coupure/rétablissement à distance, il est possible d'accéder aux données historiques concernant un client particulier et de les analyser grâce à la technologie AMI (infrastructure avancée de comptage) qui, en combinant la technologie avec un logiciel de gestion des données, aide le distributeur à planifier la mise en place des futures offres tarifaires.
« Les données sont stockées pendant une durée de 15 ans », indique M. Kyk, « il nous est ainsi possible de remonter plusieurs années en arrière en cas de différend avec un client concernant sa consommation ».
Cette solution présente également des avantages pour le client. Dans le domaine commercial ou industriel, l'usager peut vouloir établir son propre prévisionnel de consommation ou mettre en place des systèmes de gestion de l'énergie. Les clients peuvent donc acheter auprès du distributeur des données historiques sur une base mensuelle ou annuelle, ce qui par ailleurs constitue pour le distributeur une autre source de revenus.
De l'avis de M. Mouslmani, ces services à valeur ajoutée permettent d'optimiser le potentiel du système et contribuent à persuader les distributeurs d'énergie de l’intérêt des nouvelles technologies.
« Il est important d'inscrire nos produits dans une perspective financière intéressante pour le distributeur, » explique-t-il. « Nous ne pouvons pas nous limiter à la seule fonction de relevé, car il serait de nos jours difficile de justifier un système reposant sur une infrastructure aussi complexe. Cela représente un investissement très élevé ».
Les distributeurs d'énergie sont actuellement en train d'évaluer des systèmes pilotes afin de juger de la faisabilité de la nouvelle technologie. L’ADDC (Abu Dhabi Distribution Company) est allée un peu plus loin en commandant d'ores et déjà 50 000 compteurs, un nouvel appel d'offres étant prévu cette année.
|
|
Selon Ali Mouslmani d'Elster Electricity, il faut présenter aux distributeurs une perspective financière solide. |
« Aux Emirats arabes unis, les choses commencent déjà à bouger », déclare M. Mouslmani. « Il leur faut simplement une certaine habitude pour comprendre que cela va vraiment répondre à leurs besoins. »
D'après M. Kyk, la technologie devrait être adoptée d'ici 1 à 2 ans seulement, plusieurs systèmes de relevé automatique ayant déjà été installés pour le réseau de refroidissement urbain desservant le centre industriel de Dubaï et la tour Falcon située dans la rue Sheikh Zayed. De nombreux projets immobiliers adoptent, dès le départ, des compteurs automatiques d'énergie frigorifique.
« Moderniser un immeuble avec de nouveaux compteurs coûte plus cher, mais je suis sûr que les gens vont s'y mettre », affirme-t-il.
« Plusieurs projets visant à remplacer les compteurs mécaniques par des compteurs électroniques voient aujourd'hui le jour. Le compteur mécanique présente la même interface ; il suffit juste de monter un nouveau dispositif dans la conduite. Toutefois, à cause du coût, la réalisation de ces projets risque de prendre un peu de temps. »
Le relevé automatique ne s'est pas encore imposé comme norme internationale. Les sociétés européennes sont en avance dans ce domaine, la Suède menant la course en tête en terme de mise en œuvre. Il est prévu que tous ses compteurs d'électricité seront lus automatiquement d'ici 2009.
En dépit du coût initial, les fournisseurs d'énergie devraient très rapidement percevoir les avantages financiers que présentent les systèmes de relevé automatique et opter pour leur mise en œuvre.
|
Avantages financiers du relevé automatique de compteurs
Selon les estimations de Mamoun Shahin, de DMC International, l'économie minimum réalisée et le revenu supplémentaire généré grâce à la mise en place d'un système AMR correspondraient à 17,6 % du chiffre d'affaires brut. Cela s'explique par :
• l'élimination des créances irrécouvrables • l'élimination de 2 à 3 % des coûts de traitement des paiements • l'élimination de 1 à 2 % des coûts de facturation • l'élimination des salaires de releveurs • l'élimination des risques de fraude et de vol • le calcul précis de la consommation, plutôt qu'un estimatif ou une moyenne |
Source: arabianbusiness.com

